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Enjeux et orientations

Préambule

Les objectifs de développement durable du site permettent d’assurer la conservation et, s’il y a lieu, la restauration des habitats naturels et des espèces qui justifient la désignation du site, en tenant compte des activités économiques, sociales, culturelles et de défense qui s’y exercent ainsi que des particularités locales ». Ladéfinition des objectifs de développement durable aboutit à l'identification des résultats attendus par la mise en œuvre du Docob. Ils sont valables aussi longtemps que le sont les enjeux de conservation associés.

 

 Les enjeux

Les enjeux qui peuvent être identifiés à partir de l’état des lieux se rapportent à la fois :

  • à la préservation de la biodiversité du site Natura 2000 et tout particulièrement en ce qui concerne les espèces d’oiseaux d'intérêt communautaire,
  • au maintien de la fonctionnalité, de l’intégrité et de la cohérence de l’ensemble de l’estuaire de l’Orne.

 

Les objectifs de développement durable

La mise en œuvre d’un projet de développement durable cohérent et partagé dans l’estuaire dépendra de la pérennité et de la lisibilité des espaces d’échanges et de concertation entre les structures de gestion, les administrations, les collectivités, les professionnels et les usagers, à l’appui des instances existantes. La réalisation de projets d’aménagements, portuaires notamment, devront faire l’objet d’évaluation d’incidences au titre de Natura 2000.

Un accent particulier doit être mis sur la nécessité d’une synergie sur le long terme entre les différents projets et démarches de territoires. Tout particulièrement avec les outils concertés de gestion de l’eau qui sont mis en place sur le bassin versant de l’estuaire, dans la perspective d’une meilleure prise en compte des modifications du milieu induites par les apports de ce bassin versant.

Cela s’accompagne par le maintien et le développement des moyens pour poursuivre l’amélioration des connaissances naturalistes et scientifiques.

Il sera également nécessaire d’accompagner, dans le cadre des changements globaux, les modifications liées notamment aux changements climatiques avec les évolutions qu’ils représentent sur le moyen et le long terme tant en terme de modification du fonctionnement des écosystèmes que d’aménagement du territoire (problèmes d’érosion, risques de submersion, etc.).

L’intégrité du site passera aussi par la lutte contre les espèces invasives animales et végétales. Celles-ci sont en effet considérées comme la deuxième cause mondiale d’appauvrissement de la biodiversité, juste après la destruction des habitats. Dans l’estuaire, il conviendra d’être attentif au développement de ces espèces et à lutter contre elles dès leur apparition.

La Manche constitue aujourd’hui une voie de navigation parmi les plus fréquentées au monde : 20 % du trafic maritime mondial transite par le rail de navigation des Casquets et expose le littoral normand aux risques de pollutions accidentelles. Il convient donc d’appuyer le déploiement des dispositifs de gestion des pollutions marines et de mieux prendre en compte le patrimoine naturel d’intérêt européen.

Il en découle l’orientation n°1 : « Garantir l’intégrité globale du site »

Comme sur la plupart des sites littoraux, l’augmentation et la multiplication des activités humaines constituent sans aucun doute l’une des principales menaces pour le maintien des espèces et des effectifs d’oiseaux.

Les activités de loisirs, exercées toute l’année, sont potentiellement génératrices de dérangements pour l’avifaune, tant sur les zones d’alimentation que sur les reposoirs.

Ainsi, la navigation de plaisance et les sports nautiques peuvent entraîner des dérangements sur les zones marines de stationnement de plusieurs espèces, la pratique du kite-surf ou la pêche à pied des dérangements sur les secteurs d’alimentation des limicoles.

De même, la divagation de chiens constitue une menace pour les stationnements d’oiseaux.

L’estuaire est soumis à une augmentation et à une diversification récente des activités humaines pouvant se traduire par des phénomènes de compétition spatiale entre oiseaux et lieux d’exercices des pratiques.

Si l’impact du dérangement reste difficile à mesurer, les effets du dérangement sont eux mesurables (distance d’envol) et observables (envols intempestifs, désertion du site,…). Même si certaines espèces peuvent montrer une relative habituation à certaines activités (dès lors que celles-ci sont susceptibles d’être anticipées par les oiseaux), la plupart d’entre elles voient leur stationnement perturbé dans la ZPS. Concrètement, les effets directs du dérangement se traduisent par des comportements d’alerte, de panique, par l’envol des oiseaux, voire la désertion temporaire du site. Les effets indirects sont moins apparents, mais peuvent s’exprimer par l'abandon ou la séparation des couvées, par la prédation des œufs ou des jeunes, par l'épuisement des oiseaux et peuvent aussi conduire à la diminution des populations, par la diminution de la production en jeunes ou à l'abandon des colonies.

Plus que l’impact précis de telle ou telle activité, c’est bien le cumul des usages, en toutes saisons, qui amène à faire de la gestion de la fréquentation l’un de principaux enjeux de la ZPS au regard de la conservation des oiseaux.

Il en découle l’orientation n°2 : « Garantir la quiétude du site pour les oiseaux »

Les zones humides de la ZPS s’étendent sur environ 150 hectares. On différenciera les zones humides saumâtres comme le Gros Banc, et dans une moindre mesure les terrains François, et les zones de prairies mésophiles à humides que l’on retrouve le long de l’Orne (marais de Cagny) et en arrière-littoral (prairies du Costil).

Elles jouent un rôle très important de reposoir de marée haute ou de zones d’alimentation pour l’avifaune migratrice et hivernante du site et fonctionnent, pour certaines espèces, de manière complémentaire avec le proche domaine maritime, en particulier pour les anatidés et les limicoles.

Du point de vue de la nidification, l’intérêt des zones humides est moindre et pourrait être nettement amélioré.

Les prairies humides sont composées d’une flore spécifique liée à une submersion hivernale temporaire. L’aspect des secteurs inondés est quant à lui fonction de l’importance des crues. La raréfaction des zones humides étant l’un des principaux enjeux environnementaux au niveau national, la préservation des prairies humides apparaît être un enjeu important de la ZPS.

En période internuptiale, les espèces d’oiseaux concernées exploitent une partie de la végétation herbacée en automne, hiver et au printemps, et notamment. Le pâturage influe sur la quantité de lombrics par apport de matière organique, favorisant ainsi le stationnement d’espèces comme la Bécassine des marais et le Vanneau huppé. L’accès à la nourriture est favorisé par une diminution de la hauteur de végétation et par la création de micro-dépressions dues au piétinement. Le pâturage apporte aussi une nourriture complémentaire grâce aux insectes présents dans les bouses et les crottins. Le Courlis corlieu et la Barge à queue noire par exemple peuvent ainsi exploiter ce type d’habitat ouvert et sécurisant pendant leurs haltes migratoires.

En période de reproduction, les prairies humides représentent des sites de nidification favorables aux limicoles et à certains anatidés. Pâturées, elles sont l’habitat de prédilection du Chevalier gambette et du Vanneau huppé, sans que ces deux espèces ne nichent actuellement dans ces milieux dans la ZPS (le vanneau ayant déjà niché dans le Gros Banc). Pâturées ou fauchées, elles peuvent être occupées par la Bécassine des marais, la Barge à queue noire, le Courlis cendré, voire la Sarcelle d’été. Un surpâturage ou un fauchage précoce constitue alors un frein au succès de la reproduction de ces espèces.

Quelque soit la période de l’année, la gestion du niveau de l’eau, quand elle est contrôlable, influe très significativement sur la valeur patrimoniale de ces milieux.

Le maintien et l’amélioration des conditions d’accueil pour les oiseaux passent donc par deux axes :

  • La gestion hydraulique : elle est l’une des principales conditions d’accueil des oiseaux, tant en ce qui concerne leur stationnement temporaire que leur nidification.
  • Le maintien de la diversité des habitats et la gestion agricole : l’agriculture contribue largement à maintenir et entretenir la diversité écologique. Les usages agricoles traditionnels que sont le pâturage et la fauche permettent le maintien de milieux ouverts.

Il en découle l'orientation n° 3 : « Optimiser la gestion des zones humides pour renforcer l’accueil des oiseaux d’eau »

En dehors des enjeux précédemment décrits dans les fiches orientations, la ZPS compte d’autres habitats fonctionnels pour les oiseaux. Ceux-ci doivent pouvoir continuer à jouer leur rôle pour l’accueil des espèces.  Il s’agit notamment de la laisse de mer, des mares (y compris les mares de chasse) et des milieux dunaires (pannes, dune boisée et fourrés à argousier). A l’exception de la laisse de mer, ces milieux présentent sur le site des enjeux moindres pour les oiseaux, comparativement au haut de plage et aux zones humides.
Les fourrés à argousiers constituent une barrière naturelle qui limite la divagation du public et participent donc à atténuer la fréquentation. Néanmoins, il peut-être envisager de créer quelques ouvertures afin de diversifier le milieu. Les mares de gabion pourront faire l’objet de mesures de gestion spécifique lors du renouvellement du bail de chasse. Enfin, la laisse de mer fait l’objet de collectes sélectives visant à éliminer les pollutions constituées par l’accumulation de macro-déchets d’origine anthropique. Les enjeux portent ici sur les périodes de ramassage sélectif, de manière à préserver ce milieu au moment de la période de reproduction.

Il en découle l'orientation n° 4 : « Préserver les autres habitats fonctionnels des espèces d’oiseaux d’intérêt communautaire »